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Mon petit soulier

Cher Père Noël, Comment vas-tu ? Ça fait une sacrée paye que   je n’ai point donné de nouvelles. D’aucun diront que j’ai passé l’âge ou qu’avec le temps, on a tendance à perdre de vue les vieilles relations. Moi je pense plutôt que ma timidité naturelle est en cause. On a jamais été vraiment proches, à peine si on se croisait, de temps à autre, dans les supermarchés… tiens, ça me fait penser, je t’ai jamais envoyé la photo de nous deux. J’avais alors 6-7 ans et, pour tout te dire, j’étais morte de trouille. Eh bah oui, un vieil excentrique sorti de nulle part et qui rentre par effraction chez toi pour t’offrir des joujoux…l’air de rien, c’est très flippant ! Du coup, y’a fort à parier que notre amitié était uniquement platonique… et intéressée. C’est très certainement   pour ça que je voyais pas bien l’intérêt de t’écrire jusqu’à aujourd’hui. J’espère que la grève des lutins contre la retraite à 208 ans n’a pas été trop virulente et que vous avez fini par ...

Qui a le droit ?

« Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » Tous ? Enfin, soyons sérieux deux minutes : vous voyez bien que quelque chose ne tourne pas rond dans ce conte de fée. Peut-être faudrait-il réécrire la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen afin qu’elle colle un peu mieux à la réalité. Au commencement, cela pourrait donner… « Les hommes, branche mâle de l’humanité, représentant donc 50% d’entre elle, naissent et demeurent (parfois, mais ça se discute) libres et égaux en droit » (c’est un peu abrupt présenté ainsi, mais on peut simplifier, rassurez-vous.) En effet, ne dit-on pas qu’homme et femme ne sont pas égaux, mais complémentaires ? Par exemple, il tâche ses vêtements, elle les nettoie ; elle fait à manger, il se goinfre… Ça c’est du travail d’équipe ! Mais ça n’est pas tout ! « Les mâles hétérosexuels naissent et demeurent libres et égaux en droits »… D’aucuns auraient, dans le cas contra...

Télémarketing

- … - Bonjour, je me présente, Edmond Dupin, de la société Glassotop. Nous proposons actuellement un large choix de… - ROOOOOOOOAAAAARRRRGGGHHH !!!!!!!! Clic ! Tuuuuuuuut ! - Allô ? - Bonjour, je suis Edmond Dupin, de la société Glassotop… - SAUVEZ-NOUS PAR PITIE ! IL ARRIVE ! IL VA TOUS NOUS TUER !!! - C’est bon, on me l’a déjà faite celle-là… Merci quand même et bonne journée, Monsieur. - Bonne journée à vous. - Bonjour, Edmond Dupin de la société Glassotop… - Vous vendez quoi ?! - Euh…des fenêtres Madame… - Moi, des aspirateurs. Je vous en prends si vous m’en prenez aussi. - Bah…euh…non. - Oh alleeeeeez ! Soyez sympa ! - Mais non, voyons ! - Mais on fait quasiment le même boulot, il faut se serrer les coudes. - Au revoir, Madame ! - Allô ? - Bonjour, Madame, je suis Edmond Dupin, de la société Glassotop. Pourrais-je parler au chef de famille, s’il vous plaît. - Bonjour… Désolée de vous décevoir mais vous êtes confronté à un foyer démocratique. Il n’y a pas de c...

Hiérarchie

-   Tu veux bien t’assoir, s’il te plaît. Elle désigne un fauteuil noir de bureau basique, que je sais d’expérience inconfortable. -   Euh…bien sûr… Je lui décoche un sourire tendu, alors que les ressors et les visses semblent s’incruster douloureusement dans mon derrière et ma colonne vertébrale. Peut-être est-il vieux, peut-être a-t-il été trop malmené, ou peut-être, hypothèse qui trouve ma préférence, l’a-t-elle choisi précisément pour son côté inhospitalier. Je suis la patronne, je décide de tout, pose tes fesses sur cet objet de torture et écoute-moi attentivement. On n’est pas là pour prendre le thé, tu vas en baver ! -   J’ai testé la newsletter et le service client en ligne : tout fonctionne comme prévu. On avait tort de s’inquiéter… -   D’accord. Merci. Mais ce n’est pas pour cela que je t’ai demandé de venir. -   Ah… j’écoute. Elle tord ses doigts nerveusement. Je les entends craquer comme tu petit bois. Elle est contrariée. Elle l’...

"There are two kinds of people in the world..."

Qu’est-ce que la réussite ? Qu’appelle-t-on exactement "réussir sa vie" ? S’il n’est pas nécessaire d’avoir une Rolex à 50 ans, alors de quoi s’agit-il ? On peut certainement estimer que Mozart a "réussi sa vie" : plus de 620 œuvres, ce n’est pas à la porter du premier péquin venu !   Mais si l’on nuance un peu le propos, on peut aussi affirmer que mourir comme un chien à 36 ans et être balancé dans la fosse commune, ce n’est pas spécialement reluisant. Alors, évidemment, avec le recul, il est facile d’affirmer qu’un si grand artiste a réussi sa vie et nombreux furent ceux qui tentèrent d’embrasser un destin similaire. Mais si l’on avait vu les choses avec les yeux de Mme Mozart, par exemple, on aurait plutôt pensé : "Bordel, quel gâchis !". Réussir sa vie c’est donc une question de point de vue. Toutefois, pour un artiste, cela pourrait se résumer à : 1-     La Notoriété 2-     La Postérité 3-   ...

Amitiés

J'ai 6 ans. Je tiens la main de ma maman à la fête du village. La vieille qui vit dans la maison d'à côté et qui sent le pipi de chat dit que notre gâteau au chocolat est délicieux. Maman sourit poliment. C'est un brownie qu'on a acheté au super-marché. C'est moi qui l'ai choisi car il  y avait un lézard sur la boite. Papa dit qu'il a besoin d'aide avec le barbecue. Alors maman dit "j'arrive!" puis se penche vers moi. Elle me demande d'arrêter de traîner dans ses pattes et d'aller plutôt jouer avec l'enfant qui se trouve sur la balançoire. Elle me lâche la main et part rejoindre Papa. Sur la balançoire, une silhouette frêle se balance. Elle porte un tee-shirt vert avec un panda et un jean. Je m'avance, hésitante. L'autre me regarde puis ouvre la bouche. Sacha. Moi c'est Florence. Oui, je veux bien faire de la balançoire avec toi. Et après on jouera à cache-cache. Et ensuite on dira qu'on est des pirates. Tu vie...

Zzzzzz !

Cette nuit j’ai eu une idée. Entre deux rêves, elle semblait bonne. Excellente même. L'esprit encore embué par le sommeil, je me souviens avoir songé : « Je tiens là un sujet parfait pour un texte. Dès demain, le blog pourra s’enorgueillir d’une note toute fraiche ! ». Puis je me suis rendormie. Au matin, j’avais tout oublié.  Non seulement je ne me souvenais pas de cette idée lumineuse, genèse probable d’un texte mémorable , mais je ne me souvenais pas non plus d’avoir réfléchi à quoi que ce soit au cours de la nuit. Ce n’est qu'à présent, prostrée devant un triste ordinateur ronronnant et après avoir songé que je n’ai rien écrit de valable depuis plus d’un mois, que je me rappelle cette sensation. Une impatience. Une fatigue intense. Une jubilation. Des mots qui fusent. Je crois que je la tiens ! Mes yeux se ferment. Au réveil, pourtant, elle s’échappe tel un rêve. C’est tellement commun. J’aurais dû résister. J’aurais dû me lever. Griffonner trois mots...