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"Les mots rendent les cris vains"*

-           Tu m’aimes -           Non -           Pourquoi ? -           Je n’ai pas que ça a faire -           Cela n’a aucun sens ! Moi j’aime les lilas, le chocolat et les bandes dessinées et pourtant je n’ai pas que ça a faire. L’un n’empêche pas l’autre, comme on dit… -           Alors c’est que tu ne le mérites pas… Ou qu’il y en a d’autres que j’aime plus que toi. -           C’est injuste. Je t’aime, moi. Enfin je crois… -           Eux aussi, ils m’aiment. Probablement mieux et plus intensément que toi ... C’est injuste, sûrement, mais ça arrive… Tu dis que tu crois m’aimer… Tu n’e...

Conte : 6666 marches

Je fais quelques pas hésitants dans un bureau sombre à dominance pourpre. Un large meuble en bois d’ébène assortis de deux fauteuils capitonnés   trônent au centre de la pièce. Dans mon dos, la porte se referme déjà dans un claquement sinistre. Je sursaute. Des pans de murs entiers sont recouverts d’ouvrages divers et variés : poésie, théâtre, histoire, science, politique…De prime abord, c’est assez impressionnant. Pourtant, un rictus involontaire se dessine sur mes lèvres : Il est bien rare qu’une personne, aussi respectée et instruite soit-elle, ait lu l’intégralité des livres composant sa bibliothèque. Ils sont généralement sélectionnés avec soin afin de constituer, en quelque sorte, une vitrine intellectuelle idéale. Mon hôte a certainement quelques lectures inavouables confinées au fin fond de ses appartements, mais il va de soit qu’aucune n’aura jamais sa place sur ces étagères. Je plisse les yeux afin de distinguer deux ou trois   titres prestigieux, lorsqu’...

Recette

Elle s’installe sur le siège face au mien et dépose sur celui d’à côté un sac à main gigantesque en cuire chocolat. C’est comme ça qu’on dit : « chocolat ». Plus marron, non. Chocolat, caramel, café. Et même pour dire « rouge » ou encore « rose », on parle de framboise, de prune et de groseille. A croire que la mode comble les carences de ses modèles avec des termes gourmands. Elle pose donc son sac chocolat sur le siège voisin et y fouille bruyamment pendant plusieurs minutes avant d’en extirper un poudrier et un pinceau. Ouvre le premier, y plonge le second, se badigeonne généreusement tel un mille-feuille de sucre-glace, tout en fixant scrupuleusement le petit miroir. Et je vois disparaître sous mes yeux de spectatrice ébahie les plis, les cernes, les boutons, les rougeurs et même les grains de beauté. En cinq minutes à peine, le visage de ma voisine s’est métamorphosé : il est lisse, lumineux, irréel. Ce n'est plus un être humain ...

Titanic ?

Je vais rarement au cinéma. Pourtant, je regarde pas mal de dvds et je suis, pour ainsi dire, membre de la génération télé. Mais, à défaut d’être une cinéphile avertie, je demeure très critique, aussi ai-je fini par me limiter aux films que j’ai loupé lors de leurs sorties, à quelques émissions pas trop tartes, et aux (re)diffusions de mes séries préférées. En gros, j’emprunte, j’achète, j'échange et, à l’occasion, je me fais une petite virée au MK2 le plus proche (ceci n’est pas un message publicitaire). En moyenne une fois par mois, je profite ainsi du réjouissant spectacle d’un film sélectionné avec soin, projeté sur grand écran et à plein volume. Enfin, disons plutôt qu’en théorie, cela devrait arriver, une fois par mois. Je devrais décortiquer soigneusement le programme, dégotter LE film qui me tente et m'y ruer un dimanche, un lundi, ou un soir de semaine pour me remettre de mes émotions de la journée. Oui, je devrais trouver quelque chose à aller voir. Ce se...

Cigarette

- Arrête ! fait-elle agacée. Regard interrogateur. Elle absorbe une gorgée de café, puis sourit, légèrement radoucie - Arrête de te ronger les ongles. Ce n’est pas beau et tu vas finir par te faire mal. - Oui. Pardon. - Si je dis ça, c’est pour toi. Personne ne trouve désirable une femme aux ongles abîmés. Je plonge le nez dans mon verre. Le goût chimique du soda tue d’amblée le sentiment de révolte qui s’apprêtait à franchir mes lèvres. Pas aujourd’hui. Pas de dispute, pas de débat. Je n’en aurais pas la force. Mes jambes tremblent. Je les soupçonne d’attendre un moment d’inattention pour fuir loin de ce troquet miteux. Qu’est-ce qui m’a pris de l’amener ici ? Ce ne sont pourtant pas les cafés qui manquent dans le quartier ! Je fouille nerveusement dans mon sac, en sort un briquet et une cigarette, l’allume et prends quelques bouffées avant de me lancer, tout en rejetant la fumée par le nez : - Je vois quelqu’un. Elle fronce les sourcils. Elle trouve la cigarette répugnante et ...