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La Cour des grands

Au sortir de l’adolescence, j’ai cru pouvoir me hisser sur un pied d’égalité avec les gens que je côtoyais. J’ai cru que les interactions seraient facilitées par le fait que nous sommes tous désormais adultes, matures et (qui sait, peut-être, oui, soyons fous !) attentifs aux autres. Pour être claire, j’ai bêtement cru que ce serait plus simple de se faire des amis sans la pression insupportable de la cour de récré ! Mais si, souvenez-vous ! La cour de récré où, de la primaire à la terminale, il était fort mal vu, pour ne pas dire intolérable, de gambader seul, sous peine d’être perçu comme un rebut de la société. Cet endroit magique où les têtes d’affiche et les figurants ne se mélangent jamais. Sortie de ce microcosme, j’ai donc cru que tout serait plus simple, qu’il suffirait de s’approcher d’un tiers, de se découvrir des atomes crochus pour vivre une belle histoire d’amitié, façon Thelma et Louise… ou à défaut, Rox et Rouky. Aux chiottes, les jugements de valeurs ! A morts, les ...

La garde

On m’a postée devant la porte, au dernier étage de la plus haute tour. On m’a dit « Tu bouges pas » et comme on a ajouté « C’est un ordre », j’ai obéis. C’est la formule magique, la règle du jeu. Un peu comme si on avait dit « Jacadi a dit : reste ici ! ». Seulement voilà, ils sont tous partis et moi je suis restée, sans bouger. Ou presque. Au début j’étais droite comme un piquet, fière, imperturbable. Un pet de mouche n’aurait pas fait frémir les poils de ma moustache. Mais de moustache, en vérité, je n'ai point, à peine un clair duvet au dessus de la lèvre et encore, c'est beaucoup dire ! Peu à peu, mes cheveux ont poussé et je me suis affaissée. Je me suis appuyée nonchalamment sur ma hallebarde. Comme j’aspirais à davantage de confort, j’ai commencé à me mettre à l’aise. J’ai ôté mes jambières pour pouvoir fléchir un peu les genoux. J’ai dégrafé la bavière qui m’entaillait la gorge, puis je me suis débarrassée de mon casque qui, non content de me faire une tête d’abrutie,...

Petite chose

Ça suffit, j'en ai ma claque ! Je ne veux plus être "la petite".... Je ne suis pas fragile. Je ne vais pas me briser en mille morceaux sous le coup de la colère, de la tristesse ou de la frustration. Je veux que l'on me traite en adulte. Je n'ai pas besoin de votre protection, je n'ai plus 3 ans, je ne crains pas les bobos au corps et à l'âme. Je n'ai que faire de vos précautions, je ne suis plus une sale gosse impulsive de 13 ans et demi. Eh, devinez quoi ? J'ai mûri. 30 ans, voyez-vous, il était temps ! Désormais, c'est absolument hallucinant : je sais écouter, comprendre, analyser. Je suis un être humain ordinaire. Pas une plante verte. Pas un bibelot en porcelaine de Limoges. Pas une espèce en voie d'extinction. J'ai traversé des épreuves et des bonheurs, comme tout un chacun. J'ai rencontré des salauds et des gens bien. Je me suis forgée un caractère, une carapace, des rêves, des valeurs... Comme vous probablement. Ne su...

Pomme et au-delà

Cela s’est passé à une période où je ne dormais ni suffisamment, ni correctement. On séjournait à Dublin, chez un type qui cherchait visiblement plus à rentabiliser les deux pièce "en trop" dans sa jolie maison qu'à échanger avec des gens passionnants autour d'un thé et d'un paquet de fraises Tagada (merci Airbnb pour ces moments de grâce et de chaleur humaine digne d'un hôtel Ibis…) La chambre n'était pas bien isolée et n'avait donc rien de très reposante (le minimum syndical après avoir crapahuté partout, en bons touristes assoiffés de visites et de découvertes). Le mec hébergeait également une connasse jeune femme qui avait la fâcheuse habitude de rentrer à 1h du matin, de repartir à 6h et de téléphoner haut et fort entre temps. Bref, niveau sommeil réparateur, j’ai connu largement mieux. Quelque part entre 1h30 et 6h, après qu’on lui ait demandé poliment de bien vouloir fermer sa grande gueule, j’ai pu bénéficier d’un peu de répit et j’en ai prof...

Olympia

Le plus pénible, ça a été d’occuper le chat pendant tout ce temps. Il ne cessait de sauter du lit et contemplait par la fenêtre les pigeons d’un air gourmand. C’était un chat de gouttière charbonneux, maigre et couvert de crasse. Édouard l’avait trouvé   le matin même, en sortant de chez lui. J’avais d’abord refusé de le laisser enter avec cet animal répugnant qui empestait les ordures et trimbalait des puces à foison. On les voyait même bondir frénétiquement, dans une folle nuée d’insectes suceurs de   sang. Il avait insisté. J’avais grimacé. Ce maudit greffier allait contaminer notre pauvre réduit ! C’était déjà pas bien commode de vivre à trois (une modèle, une danseuse et une couturière) dans une si petite pièce, si en plus on attrapait la gale ! Mais comme Édouard n’en démordait pas, que selon lui ça équilibrerait la composition et y apporterait une touche de mystère et blablabla… j’ai fini par céder. Lorsque Flavia est arrivée, j’étais déjà nue, allongé...

Scandale

Cynisme enclenché !* -  2017, le monde découvre avec effroi ce qui se trame derrière les murs calmes et ternes de nos bibliothèques. Un groupe de militants, n’écoutant que leur courage, a hardiment forcé les poubelles scellées d’une médiathèque du sud de la France et là…. Horreur ! Un spectacle effroyable leur a fait monter les larmes aux yeux. Dans la bene, des centaines de livres gisent, attendant la mort. Le personnel local se défend : on ne jette pas aveuglément, non ; on rafraichit, on désherbe. C’est parait-il indispensable. Mais comment diable peut-on se prétendre défenseur des livres et de la culture si on n’est pas fichu de les protéger de la folie consumériste du vite-acheté vite-jeté ? Car bon sang de bois, un livre est un objet à part, un objet sacré ; ce n’est pas une vulgaire miche de pain, une paire de chaussettes ou une chaise. C’est…c’est…bien plus que ça ! Un livre, c’est le patrimoine, la mémoire, l’art, l’esprit. Un livre, c’est un supplément d’âme ! -...

Les mystères inextricables de la boîte de retour

« Je l’ai rendu, j’en suis sûr ! En fait, je l’ai mis dans votre boite ! C’est sûrement ça, le problème. » Alors, alors… Mettons les choses au clair. Quand votre facteur dépose une courrier dans votre boite aux lettres, quelle est au juste la probabilité qu’il se perde avant que vous ne le récupériez ? Existe-t-il une faille spatio-temporelle tout au fonds, qui aspire fatalement les objets qui auraient le malheur de s’y aventurer ? On admettra que c’est relativement peu probable. Évaluons les possibilités : ou bien votre facteur n’a JAMAIS déposé le-dit courrier dans votre boite, ou vous ne l’avez pas récupéré, ou encore, vous l’avez bel et bien intercepté mais l’avez rangé sans l’ouvrir (erreur, oubli, que sais-je !) Si l’on revient au cas qui nous intéresse, à savoir notre boite de retour magique qui dévore les documents que les usagers innocents et consciencieux glissent à l’intérieur avant la date fatidique, essayons de faire le point : -  Première hypothèse, nous avons oubl...