2016-04-09

Con, cours !

Cette année, une fois encore, je vais devoir passer mon sempiternel (3e, en vérité) concours pour accéder à la fonction suprême et tant convoitée d’Assistant de Conservation du Patrimoine et des Bibliothèques. Un titre ronflant pour désigner une personne qui gère des collections de documents, vous conseille et organise tout plein d’animations fort sympathiques pour petits et grands, dans un univers merveilleux, plus connu sous le nom de « médiathèque ». Grosso-modo, ce que je fais cinq jours sur sept depuis un bon bout de temps. Ni plus, ni moins.

Je vais devoir me lever de bonne heure (bon admettons...) avec une boule au ventre, prendre un RER qui ne fonctionne correctement que 6 jours par an (petit indice : c’est la première lettre de l’alphabet), patienter pendant une heure dans une zone industrielle tristoune et plancher trois heures durant sur le sujet obscur d’une note de synthèse inutile. La note de synthèse, pour ceux qui se poseraient la question, c’est effectivement une épreuve qui ne sert à rien. Aucun corps de métier ne l’utilise de manière aussi systématique qu’on veut bien nous le faire croire. A vue de nez, je dirais que trois personnes à tout casser doivent en faire une toutes les deux semaines, quelque part dans l’hexagone. Une bonne raison de se pourrir la santé pendant des mois pour réussir la sienne, non ?!



Non, forcément. Une journée de perdue à faire un travail inutile, ça ne donne pas spécialement envie de danser la Macarena en sifflant des cocktails. Mais des raisons d’y aller malgré tout, il y en a bien quelques-unes (sans quoi, ce serait du masochisme !). Le salaire, pour commencer… parce que, quoi qu’on en dise, les sous, c’est bien pratiques et que sans concours, point d’évolution de carrière (ou si peu). Pour certains candidats, des responsabilités ou un poste plus intéressants, après des années passées en catégorie C. Mais celle qui a ma préférence et qui vaut son pesant d’oranges amères, c’est tout simplement que j’en ai un peu besoin. Comme je le disais plus haut, après sept années de bons et loyaux services dans la Fonction Publique Territoriale, je ne suis toujours pas considérée comme légitime à mon poste. J'enchaine les CDD ad vitam aeternam et je ne peux prouver ma valeur qu'en décrochant ce fichu concours. Or, on l’aura deviné, les concours, c’est vraiment pas ma tasse de thé ! Sinon, forcément, je l’aurais eu plus tôt !

Résumons : ça fait un sacré moment que j’investis du temps et de l’énergie pour mes collègues, pour les collections et surtout pour le public, mais à part ces menus détails, je ne suis pas, techniquement parlant une « vraie bibliothécaire ». Parce que je n’ai pas décroché le pompon, le Graal, la crème que tout contractuel convoite : un flûtain de papelard qui stipule que, c’est bon, j’ai fait une dissert’ pas trop merdique, j’ai répondu à 4-5 questions sur les collectivités territoriales et je me la suis racontée devant un jury qui ne connaît strictement rien à ce boulot (à part peut-être ce qu’il en a vu dans les films) ; donc je suis admise dans le clan très fermés des vrais « Assistants !!!!! ». Plus compliqué que de rejoindre les francs-maçons, je vous dis !

Alors, forcément, je suis pas tout à fait joisse. Le concours arrive à grands pas. Dans un mois et demi, j’y serai. A nouveau. Et je n’ai ni la motivation, ni les pseudo-compétences requises pour l’obtenir. En fait, pour tout dire, je n’ai aucune envie de les avoir. Parce qu’en ce qui me concerne, JE SUIS LÉGITIME. Ces gens par contre, ne sont pas habilités à me juger. Tout ce qu’ils voient de moi, c’est un machin apeuré qui tremble sur sa chaise à l’idée de louper, une fois encore, son passeport pour la titularisation. Et qui VA le louper, assurément ! Pour la simple et bonne raison qu’il faut bien écrémer, que même si on est compétent et qu’on aime ce qu’on fait, ça reste un concours : y’en aura pas pour tout le monde !

Pourquoi je devrais les prendre au sérieux ? Pourquoi je devrais respecter cette formalité alors que ce système n’a aucun respect pour moi ? Sept ans d’implication, sept ans de précarité… Alors que, bon, soyons honnêtes, j’en ai vu, des fonctionnaires (des cas isolés, heureusement), des purs et durs, titulaires depuis 10, 20, 30 ans, qui ont les mêmes missions que moi, et qui ont la motivation de poissons rouges neurasthéniques après un marathon. Des qui parlent aux usagers comme à des chiens. Des qui chient dans la colle, bien comme il faut, quand on leur réclame le moindre effort. Des qui vous prennent de haut, parce qu’ils sont là depuis tellement longtemps qu’ils ont l’impression de faire partie des meubles, et que pour changer de mode de fonctionnement, il faudra les faire péter en même temps que les murs.

Alors sincèrement, en quoi est-il tellement « juste », ce bon sang de concours ? Qu’est-ce qui le rend si inestimable ? C’est quoi-donc, cette égalité qui laisse sur le carreau les moins aptes à rentrer dans le moule ? Est-ce quon ne vaut pas mieux que ça, nous aussi ?
Est-ce qu’avec tout le temps perdu à tenter de réussir un concours qui nous permettrait d’exercer un métier que l’on fait déjà, on aurait finalement pas eu le temps de le faire vachement mieux, ce chouette métier ?


PS : Ah oui, tiens ! Vous avez remarqué ? Je suis de retour !

2015-11-14

Merde !

Merde à la bêtise
Merde à la haine
Merde à la mort

Merde à l'obscurantisme
Merde à l'ignorance
Merde aux trous du cul(te) arriérés

Merde aux paradoxes
Merde au ridicule
Merde à l'immoralité

Merde au fanatisme
Merde à la violence
Merde à l'intolérance

Merde aux amalgames, aux clichés, aux raccourcis simplistes
Merde au fascisme,  merde à l'extrême droite, et à leur putain de complaisance

Merde au désespoir
Merde à la peur, à la terreur
Merde à la soumission et à l'acceptation

Merde, Merde, Merde !
Toujours Merde, aux pitoyables petites merdes qui pensent pouvoir nous imposer leur vision merdique de l'existence !

2015-04-16

Au commencement...

Au commencement était l’envie.
L’envie de travailler, d’améliorer, d’avancer. L’envie de faire mieux, tout simplement.
Au commencement était l’envie, la grande, l’absurde, la féroce envie de l’ouvrir sur tout et n’importe quoi. SURTOUT n’importe quoi !
Au commencement était l’envie de conserver une trace, de ne pas tout garder  jalousement au fonds d’un placard ; et peut-être, avec un peu de chance, d’intéresser quelques passants. De partager avec eux, ce cri qui résonne à l’intérieur, de lui octroyer quelques instants de liberté. Et peut-être aussi de ne pas faire tout cela pour des prunes !

Au commencement était l’humour. Afin de trouver un style qui me soit propre, d’échapper non seulement à la gravité, mais aussi au pompeux, au conventionnel et aux artifices de toutes sortes. D’être réellement moi : cynique, grinçante ; parfois vulgaire, et parfois tendre. Mais toujours avec de vrais morceaux de rire à l’intérieur.
Au commencement était l’humour car il est important, voire fondamental, de ne jamais trop se prendre au sérieux.

Au commencement était la curiosité. Car c’est, évidemment, bien plus valorisant que « la naïveté ». Au commencement était le désir de cueillir le grotesque en toutes choses ; d’explorer avec la même frénésie le quotidien, les sentiers inconnus et les tréfonds de l’inconscient. Au commencement était la curiosité de disséquer le bon et le moins bon, le con et le très con, l’abstrait et l’essentiel, les sentiments et les évènements… Au commencement était donc la curiosité pour toutes les loufoqueries qui ont eu le malheur de me passer par la tête.

Au commencement était l’amour. Comprendre ce qui se passe à l’intérieur, ce qui assaisonne la vie ; la rend tour à tour supportable et insoutenable. Au commencement était l’amour des histoires, des contes, des coups de gueule, des articles torchés à la va-vite sur un rebord de table, des chroniques rigolotes, des digressions sans queue ni tête, des anecdotes farfelues, réelles ou inventées…

Mais le commencement est bien loin à présent. Six ans, sur internet, c’est presque un siècle en âge humain ! L’amour est là, parfois ténu mais jamais absent. L’humour s’efforce de garder le cape, malgré les coups de poignards dans le dos que lui assène la vie. Pour ce qui est de la curiosité, par contre… une certaine lassitude l’a gagnée et elle s’octroie, semble-t-il, des vacances prolongées. Quant à l’envie ! Que dire si ce n’est qu’elle lorgne avidement un tout autre pied-à-terre ? Un lieu bien plus vaste, bien plus dépaysant et totalement prenant.

Vous l’avez peut-être compris, si commencement il y a, c’est qu’il doit nécessairement y avoir fin. Aujourd’hui, cet espace de création n’est plus aussi dynamique, aussi bourré d’envie, d’humour et de curiosité que je le souhaitais au départ. Il est, comme qui dirait, à l’abandon. C’est entièrement ma faute, mais je me refuse de le laisser mourir en silence, comme si de rien n’était.
Cela ne signifie pas que l’écriture ne me passionne plus ; simplement que j’ai besoin de me consacrer à quelque chose de différent. Un roman, peut-être, qui me trotte dans la tête depuis le début de l’année. Un journal, pourquoi pas, même si j’ai toujours cru que c’était une preuve navrante de narcissisme (mais n’est-on pas toujours un peu narcissique quand on écrit ?). Peut-être même un podcast en duo, projet ambitieux qui nous avait séduites, mais que nous avons depuis laissé en friche…
Bref, il y a tant de choses à faire et tellement de monde sur Internet : à quoi bon suivre un chemin déjà embouteillé ? Je vais plutôt me perdre en rase-campagne : ce sera plus amusant !

Qui que vous soyez : amis, famille, connaissances de connaissances ou parfaits inconnus… ce fut un honneur de vous distraire pendant vos errances informatiques. Ce ne sera peut-être pas la dernière fois : après tout, pour user d’une métaphore usée jusqu’à la corde : le phœnix peut renaître de ses cendres ! …du moins si le cœur lui en dit.

Bonne route à vous ! Et soyez sages !

2015-02-02

Like

Cher Facebook,

Tu me casses les pieds ! La vie avec toi, c’est une injonction perpétuelle au bonheur et à rentrer dans les petites cases.
Mais je te le dis en toute amitié : les gens n’ont pas toujours envie d’afficher leur bonheur éclatant à la face du monde. Parfois, ils ont passé une journée de merde, rêvent juste d’une épaule compatissante ou d’une bonne gueulante pour se défouler.  Certains ne te le diront probablement jamais et pourtant, il faut que tu le saches, Facebook : comme le chantait le coq ménestrel de Robin des Bois « des bas, des hauts… il y en a partout… »
Internet n’est pas uniquement fait pour diffuser des photos de soit en bikini au bord de la piscine, avec une coupe de champagne dans une main et les fesses d’un Michael Fassbender sous l’autre, histoire de bien faire comprendre aux gens que ta vie est superbe et qu’ils devraient chaque jour se morfondre de ne pas être à ta place. Ou alors c’est qu’effectivement, la population du web est composée à 50% de gens qui se la pètent et de 50% de dépressifs…

Mais quoiqu’il en soit, moi, si je vis avec toi, c’est pour garder un œil sur ceux que j’aime et ce que j’aime. C’est pour savoir ce qu’est devenu untel. C’est parce qu’une autre me fait toujours rire avec ces posts grinçants. C’est parce que mon auteur préféré y annonce ses dédicaces…etc. Le déballage de certains, franchement, je m’en fiche pas mal ! J’ai pas envie de voir leurs gueules sous toutes les coutures, six fois par jours. J’ai pas envie de savoir ce qu’ils ont mis comme chaussettes (à moins qu’elles soient vraiment très très rigolotes !) Et je pars donc du principe que mes chaussettes et ma gueule à moi ne déchaînent pas non plus les passions. Peut-être que je me trompe, Facebook. Je ne sais pas… Je devrais essayer, du coup, de faire un énorme article sur mes chaussettes. On verrait bien si ça a du succès. Personnellement, je n’ai pas tellement envie de lire ce genre de choses et je me suis imaginée, naïvement, qu’il fallait mieux tenter de proposer aux autres ce que moi-même j’aurais du plaisir à lire. Peut-être suis-je finalement dans l’erreur. Peut-être que c’est toi qui a raison, Facebook : mes chaussettes, mon nombril, mon « bonheur éclatant »… il n’y a peut-être que ça qui soit réellement digne d’intérêt…

Franchement, Facebook, je peine à y croire. Ou bien c’est que j’ai des goûts de chiotte, que je suis rabat-joie et que mes proches m’ont menti toutes ces années sur leurs centres d’intérêt, pour me faire croire qu’ils étaient au moins aussi chiants que moi.
Non, Facebook, tu dois te faire une raison : ce n’est pas moi, mais bien toi qui patauge dans la semoule de l’erreur.
Tu ne cesses de me harceler pour savoir où j’ai grandi, avec qui, quelles écoles j’ai fréquenté, où je travaille, où je vis, quels films, livres, musiques j’apprécie, de quel parti politique, de quelle religion je me réclame, avec qui je couche et combien je pèse…euh non, ça, pas encore… M’enfin, concrètement, Facebook, vu le côté intrusif de tes questions, ça ne saurait tarder.
J’ai pris le parti de ne pas répondre à la plupart d’entre elles, ou bien sur le ton de la plaisanterie, et je me suis empressée de sécuriser au maximum mon profil. Je ne sais pas si je devrais te l’avouer, Facebook, mais tu dois t’en douter, depuis le temps : je bosse dans la fonction publique, et c’est le genre d’employeur qui apprécie moyennement les déballages intempestifs sur le net. Du coup, effectivement, j’ai choisi de réduire à son minimum le nombre d’informations publiques sur mon profil. Tu admettras que ce n’est pas une mince affaire ! Il ne se passe pas trois mois sans que tu modifies ton mode de fonctionnement. Franchement, Facebook, je ne te connaîtrais pas si bien, j’en viendrais presque à penser que tu fais tout ça exprès pour que les gens se sentent perdus et fassent moins attention à ce qu’ils publient !

Mes relations n’ont aucun intérêt à savoir de quelle religion ou parti politique je fais partie ni dans quelle maternelle j’ai appris à chanter « J’ai un gros nez rouge… ». Ceux qui me sont proches connaissent parfaitement les détails de ma vie privée et si j’ai envie de causer films et bouquins avec eux, je le ferai dans le monde réel. De toute façon, quand on sait que tout ce qui est mis sur facebook appartient à Facebook, c’est à se demander si l’ensemble de ma personne ne t’appartiendrait pas complètement.
Sincèrement, tu me fais peur, Facebook. Le plus angoissant pour moi, c’est quand je cherche un meuble sur ma tablette et qu’une fois au boulot, tu m’imposes des publicités sur ce même type de meubles. Tu me fliques, Facebook et le pire dans tout ça, c’est que tu me fais croire que c’est pour mon bien. Tu me fais penser à ces psychotiques qui suivent l’objet de leur obsession partout où il va, soit disant pour qu’il ne lui arrive rien.

Bordel ! Facebook ! Je ne t’ai rien demandé ! Pourquoi tu veux toujours en savoir plus sur moi ? Savoir avec qui je traîne, comment je vais (bien, obligatoirement), ce que je fais et ce que je veux ? ça ne te concerne pas ! Chacun n’est-il pas libre d’avoir son jardin secret ? Au point où on en est, si tu me sortais un plan détaillé de mon appartement, avec les meubles et les objets aux bonnes places, je ne serais absolument pas surprise.
Mais savoir toutes ces choses sur moi ne te suffit pas, tu veux aussi contrôler mes sentiments ! Grâce à toi, il y a deux mois, j’ai découvert que j’avais « passé une année géniale, merci d’y avoir contribué ! ». Tu aurais au moins pu avoir la décence de nous demander notre avis sur les photos sélectionnées. Tu aurais au moins pu mettre un questionnaire à choix multiple. C’est pourtant pas compliqué ! Regarde !
 « J’ai passé :
a)    Une année géniale
b)    Une bonne année
c)    Une année correcte
d)    Une année de merde
Merci d’y avoir contribué ! » (quoique, pour la conclusion, je suis plus très sûre, du coup)
C’est tout de même un poil plus démocratique.


Et cette obstination à refuser l’option « je n’aime pas » ! Encore une belle ânerie, Facebook ! Alors selon toi, on a droit de se troller, de se foutre sur la pomme par commentaires interposés, de se menacer de mort, tant qu’on y est,  mais pas simplement de se gratifier d’un « je n’aime pas » parce que (je cite) Môssieur trouve ça trop négatif et peu constructif. Il faudrait que tu redescendes sur Terre, Facebook. Internet n’est pas peuplé de gens bienveillants et passionnants. Il y a aussi des ordures. Il y a aussi des personnes inintéressantes. Il y a enfin ceux qui, comme je le disais plus haut, ont vécu des coups durs, à qui on ne peut décemment pas dire « j’aime » mais à qui on voudrait simplement signifier notre compassion et notre affection.
Mais ça, forcément, ça te passe totalement par-dessus la tête. Non, toi, ce qui t’intéresse, c’est que tout le monde frétille de joie dans le pays joyeux de enfants heureux qui dansent en mangeant du nougat et des calissons roses et bleus !

Dernièrement, j’ai ainsi découvert que tu censurais les changements soit-disant négatifs de situation amoureuse. Ceux-ci n’ont pas l’honneur d’apparaitre dans le fil d’actualité des amis. Grosso-modo, on aurait le droit de crier au monde son célibat, sa vie amoureuse toute neuve, son union libre…etc, ça peut même être terriblement « compliqué », mais surtout pas se revendiquer veuf, séparé ou divorcé… Alors que bon, ça peut aussi être une bonne nouvelle, une séparation : ‘mieux vaut être seul que mal accompagné, y’a pas photo ! Et quand bien même, quand on est pas d’humeur, ça débarrasse de cocher une petite case stupide pour expliquer sans tergiverser : « Eh oui, on est plus ensemble ! Voilà ! ».
Pour d’autres, encore, ça réconforte de partager son désarroi avec leurs proches. Bref, chacun ses méthodes et je vois pas trop ce que tu pourrais trouver à en redire car, après tout, la manière dont les gens veulent appréhender leur vie, ça ne te concerne pas !

Je sais que je suis un peu rude, Facebook. Les mots sont partis un peu trop vite et je suis navrée si je t’ai blessé. J’espère que notre… « amitié » n’en sera pas pour autant entachée. Tu sais bien que si je te détestais vraiment, je t’aurais quitté depuis longtemps.
Non. C’est simplement que parfois, j’ai l’impression que tu ne réfléchis pas assez, que tu nous mets tous au même diapason et que c’est une erreur énorme car, bien sûr, nous sommes tous différents. Je suppose que tu essayes de faire au mieux, que tu aimerais être le reflet de ce qui se passe de beau dans nos vie. Mais la vie n’est pas toujours belle, Facebook. Parfois, la vie est surtout une véritable connasse. Et parfois, on a aussi envie de le hurler haut et fort.
Tu es aussi là pour ça, Facebook, que tu le veuilles ou non.

Affectueusement,
Ton...euh... « amie »
Artemis

2015-01-02

Charbon

Quand j’en vois passer une, j’ai le cœur qui fait un bond.
Plusieurs petits bonds, en vérité. Comme elle. Boing-boing-boing. Trois petits bonds puis c’est fini.
Quand j’en vois passer une, c’est idiot, mais je me sens heureuse. C’est fugace. Comme un éclair. Trois petits bonds, dans mon cœur et sous mes yeux, puis s’en va.
Je peux bien être inquiète, nostalgique, triste ou folle de rage ; à chaque fois que j’en vois passer une, c’est un émerveillement naïf. Une pause légère dans la grisaille du quotidien. Comme si le temps se figeait trois petites secondes, trois petits bonds, juste le temps de me remonter le moral.

Oui, c’est idiot. Véritablement idiot. A chaque fois que cela arrive, je me sens comme une gamine qui trouve un caillou brillant sur la plage. Un petit « Oh ! » m’échappe à tous les coups. C’est toujours une surprise, même quand je la cherchais du regard depuis quelques minutes déjà.

Parfois, une personne près de moi fait « Oh ! » à son tour. Ou même avant, ce qui pique ma curiosité.
Je sais qu’elle l’a vue. Je comprends qu’elle aussi a laissé une joie innocente illuminer sa routine. Je devine un sourire enfantin sur ses lèvres, un éclair espiègle dans son regard. Nous sommes proches. C’est rare. En pareilles circonstances, surtout... C’est absurde : se sentir subitement proche de quelqu’un parce qu’on partage avec lui un petit émerveillement que tant d’autres gens ne peuvent comprendre.

Le « Oh » n’est pas toujours synonyme d’attendrissement. Quand j’en vois passer une, mon cœur fait des bonds. Celui de mon voisin aussi, certainement. Mais peut-être pas pour les mêmes raisons. Bonds d’angoisse, de dégoût, d’horreur, d’ignorance même... « Oh ! Un nuisible ! »
Bah…Tu t’es bien regardé ? Qui consomme plus que de raison ? Qui prolifère à tout va sans se soucier de ce qu’il adviendra de sa progéniture ? Qui détruit tout sur son passage ? Qui n’a aucun instinct de survie et se fiche pas mal des conséquences de ses actes ? Nuisible toi-même, va !

Quand j’en vois passer une, je me sens plus légère. Je la suis du regard jusqu’à la perdre de vue. Il faut dire qu’elle a un bon camouflage. Gris charbon sur gris charbon. Lorsque le métro arrive, elle trouve refuge sous une raille, dans un creux, ou dans un dédale connu d’elles seules. J’imagine qu’elles y ont établi une société secrète, une forteresse grandiose où elles s’éclatent comme des malades, au rythme  sourd du métro parisien. Je les vois bien, par centaines, par milliers, dans les sous-sous-sols de la ville, organiser de gigantesques réceptions pour souris. Je subodore qu’elles ne remontent si souvent à notre niveau que pour y quérir les matériaux nécessaires à la construction et à l’entretien de leur cité mystérieuse. Un peu comme les souris du conte le faisaient avec les dents de lait des enfants…mais en plus terre-à-terre, finalement.
Il faut que ces aventurières soient sacrément bien rémunérées par le haut conseil des souris pour accepter un tel travail. Elles risquent quand même leur peau !
Mais elles sont si petites et l’engin est si gros, si bruyant, qu’elles doivent en percevoir les moindres vibrations.
Quand j’en vois passer une, mon cœur se réchauffe. Mais parfois, je me sens plus émue que joyeuse. Je me dis, qu’évidemment, la forteresse des souris grises du métro n’existe pas. Qu’elles ne doivent vivre que quelques mois avant de mourir, écrabouillées, intoxiquée par un morceau de plastique, d’une crise cardiaque ou encore les poumons englués par la poussière du charbon noir qui leur serre de refuge. Je me dis que de si petites créatures, évoluant au milieu d’un tel vacarme, doivent être complètement sourdes. Qu’elles sont peut-être même partiellement aveugles. Je me dis que si elles sont grises charbon, c’est probablement pour une raison  toute darwinienne de survie, parce qu’elles ont dû s’adapter, s’intégrer à cet environnement crasseux. Comme un lapin dans la neige, comme un fennec dans le désert, comme une grenouille dans la jungle…mais en moins naturel, forcément.

Vu sous cet angle, ce n’est évidemment pas le plus bel endroit de la Terre, ni même le plus sûr. Mais au moins, comme les chats, les serpents et les rapaces  de métro n’existent pas encore, elles n’ont pas vraiment de prédateur. Hormis le métro lui-même et quelques passagers phobiques et mal-lunés.

2014-09-27

Mythic.com : Mon labyrinthe

Je suis seul. Il fait froid.
Je suis seul, dans le  noir et j’ai froid.
Je suis perdu. Je suis sûrement déjà passé par là des centaines de fois. J’ai peur. J’ai vraiment peur de ne jamais m’en sortir. Je voudrais me rouler en boule sur le sol et pleurer. Je pleure. J’attends. Peut-être qu’on reviendra me chercher. Je ne sais même pas depuis quand j’attends. 

J’ai tellement faim. Froid, peur, seul, faim. J’ai tout le temps faim. Il peut s’écouler des jours…il doit s’écouler des semaines sans que je ne puisse avaler quoi que ce soit. Parfois, je tombe sur un petit gibier. Je lui tord le cou. C’est rapide, vous savez. Il ne souffre pas. Je n’aime pas faire souffrir les animaux. Moi, on m’a tellement fait de mal sous prétexte que je n’étais pas comme les autres. Mais là je n’ai pas le choix : il faut que je mange, il faut que je survive.
Souvent je me demande : A quoi bon ? Pourquoi vivre ? Pourquoi comme ça ? Seul, triste, affamé, frigorifié, dans le noir. Je devrais m’allonger par terre et me laisser crever. J’y pense souvent. Parfois j’essaye. Et puis je craque. Ou alors, je recroise un petit animal et je le dévore. Ce doit être ça qu’on appelle l’instinct de survie…

Je lui brise la nuque d’un geste sûr. J’ai la technique, depuis le temps. Il pousse à peine un cri de surprise…puis il est mort. J’ai des scrupules, mais comme c’est rare de trouver quelque chose à  manger, je dois me faire une raison : c’était lui ou moi. Je n’avais pas le choix.
J’aimerais mieux le faire cuire, mais c’est impossible. Je dois le manger cru. On s’y fait. J’aime pas trop l’odeur du sang qui s’imprègne sur mes mains, mon visage, partout sur mon corps...  Je dois faire avec. Je me rationne. Les premiers temps, je mange la chaire. Il faut trouver le juste équilibre : la faire durer, car on ne sait jamais quand j’en rencontrerai un autre ; mais aussi la finir avant qu’elle ne se gâte.
 Une fois la chaire terminée, les abats consommés… ne reste plus que les os. C’est une période difficile. Tel un enfant avec sa tétine, je les suçote longuement, les uns après les autres, pour les vider de leur moelle et me consoler de cette faim qui, à nouveau, me laboure l’estomac.

Pour tromper la mort et la folie qui me guette, tapies dans l’obscurité et la solitude, manger ne suffit pas. Je dois m’occuper. Si j’avais pu y voir clair, j’aurais compté les jours sur les parois. Ici, le temps passe lentement , mais je peux affirmer, sans trop me tromper, qu’il se chiffre davantage en années qu’en mois. Il y en aurait eu, des bâtons par lots de cinq alignés sur les murs ! J’aurais pu dessiner. Petit, je n’étais pas mauvais. J’aurais dessiné des fresques immenses…avec ce sang poisseux qui me colle la nausée. Autant qu’il serve à quelque chose.
Mais non. Je n’y vois rien. Alors je me raconte des histoires, je ressasse mes maigres souvenirs qui, peu à peu, fondent comme neige au soleil. Oui, parce que tout seul dans le noir, le froid et la faim, je vous assure que progressivement, on peine à distinguer ce qu’on a réellement vécu de ce qu’on a simplement imaginé. Ensuite, c’est encore plus vicieux, on perd non seulement des morceaux de son passé et les personnes qui l'ont habité, mais aussi son identité et même les mots. Tous les matin... Enfin, je crois que c’est le matin. Mes journées doivent être décalées. Disons plutôt, à chaque fois que je m’éveille, je lutte contre l’amnésie et l’aliénation : je me répète mon nom trois fois pour ne pas l’oublier. Désormais, c’est presque tout ce qu’il me reste d’un langage articulé : un nom.
Aujourd’hui, j’ai eu du mal à le récupérer. J’en ai essayé d’autres, mais je savais que ce n’était pas les bons. Puis je l’ai enfin retrouvé. As…té…rion… Astérion.  ASTERION. Je soupire, las. En vérité, j’ignore si c’est là mon vrai nom. Mais c’est celui qui me ressemble, je trouve. Peut-être que finalement, c’est moi seul qui me le suis choisi.

J’ai passé de longs moments à me remémorer les épisodes joyeux de mon enfance. Toujours les mêmes. Il n’y en a pas eu tant que ça. Peut-être trois. Une fois, j’en ai perdu un, sans même m’en rendre compte. Puis ce fut le tour du deuxième, ce qui me fit grand peine. La fin de l’histoire s’est volatilisée. Le milieu est devenu plus flou et ainsi, de fil en aiguille, jusqu’à ce qu’il ne m’en reste qu’un vague sentiment d’apaisement. Je me suis raccroché désespérément au dernier, mais il a également fini par m’échapper.
Depuis, ce sont plus des impressions, des instants de réconforts qui me maintiennent en vie, certainement des réminiscences de ces souvenirs éteints. Par exemple, je me revois dans les bras chauds, mous, doux et roses d’une femme. Elle m’enrobe de son amour, elle me protège et me couvre de baisers. Ça fait comme des battements d’ailes de papillons, partout sur le corps.
Souvent, lorsque le désespoir m’envahit, que je cri, que je pleure, que j’appelle la mort à pleins poumons…Il suffit que je repense à cette femme sans visage… Juste une silhouette, un parfum infime (peut-être un mélange de mimosa et de romarin), une douceur singulière… Que je repense simplement aux bras duveteux de cette mère aimante, et alors, je sèche mes larmes, je ravale peur, colère et douleur au plus profond de moi et  je retrouve un semblant de calme.
Tenez, rien que d’en parler, je me sens déjà mieux.

L’alternative aux souvenirs trop fragiles, ce sont donc les contes. Je m’en invente constamment. Lorsque j’en commence un, j’y passe probablement des heures. Si je pouvais…si je savais encore écrire, je ferais un conteurs formidable. Néanmoins, l’imagination comporte deux inconvénients majeurs : tout d’abord, à l’instar du langage, elle s’appauvrit considérablement  si elle n’est pas stimulée. Au départ, je pouvais inventer toutes sortes de héros, vivant toutes sortes d’épopées, dans toutes sortes de contrées. A présent, mes fictions n’abordent que deux sujets : les tentatives d’évasion et la chasse. Je parviens d’ailleurs de moins en moins à leur trouver des fins convenables. J’en nourris de grandes frustrations, mais je persiste malgré tout. Entre ça et la folie complète, le choix est … 


Chut !!!

Vous entendez ? Mais si ! Des pas. Des pas qui avancent vers moi. Je les perçois de plus en plus distinctement. Et si c’était…Eux ! Peut-être reviennent-ils me chercher ? Peut-être se sont-ils rappelés que j’étais perdu ? Peut-être se sont-ils inquiétés…Peut-être…Enfin. Ou alors… Ce serait… Une proie.
J’hésite a crier. J’hésite à appeler. Si c’est une proie, je la ferais certainement fuir. Et j'ai si faim. Mais si c’est de l’aide… Je ne veux pas qu’ils repartent sans moi. Non, je ne veux pas. Je n’en peux plus. Je ne pourrais pas rester là. Pas plus longtemps. Pas ça. Je marche en direction des pas. Je les entends qui approchent. Je distingue même une lueur. Une torche ! Des larmes silencieuses inondent  mes joues. Pitié, faites qu’ils viennent pour moi. Pitié, faites qu’ils me sauvent. Pitié, que ce ne soit pas simplement une proie…mais bien la liberté. Enfin !
 

Le bruit s’arrête. D’un coup. 
J’ai envie de hurler. Ne partez pas ! Pas sans moi ! sespéré, je m'appuie contre un mur glacé et me met à sangloter. Quelque chose de fin, de doux, de léger me chatouille le bras. Je le saisi d'une main tremblante. Un fil ? Où va-t-il ? Je progresse à tâtons, sans lâcher le fil. La lumière s'intensifie, mais je n'y suis plus habitué. Tout est complètement flou. 
Soudain, une ombre. Une proie ?

La proie me saute sur le dos, comme elle se hisserait sur un cheval nerveux. Enserre ma gorge d’un des ses bras musclés et de l’autre, me roue de coups. Je lutte. Pourquoi ? Que me veut-elle ? Je grogne. Je voudrais la supplier d’arrêter, mais je n’ai plus les mots. Elle gémit. Moi aussi. J’agite les membres lamentablement, tandis qu’elle resserre encore et encore son étreinte. Je suffoque. Une main, si fine, si insignifiante, m’écrase le nez. Je peine…à respirer. Alors j’ahane  le seul mot que je connais encore : « Argh…asthhh…rrriiooonrgh »
Mais la proie ne m’écoute pas. Ou bien elle ne comprend pas. Ou alors c’est moi qui ne suis pas compréhensible… 

Elle veut me tuer. Je ne sais vraiment pas pourquoi. Je n’ai fait que survivre. Je n’ai fait qu’attendre seul, misérable, dans le froid et l’obscurité, la fin de mon calvaire. Pourquoi une proie voudrait-elle me tuer ? Moi, c’était la faim qui m’y poussait mais elle, elle ne me mangera même pas. Serait-ce par esprit de revanche ? A quoi cela rime-t-il ? Je sens mes forces m’abandonner, je ne me débats même plus. Ce goût, cette odeur de sang, encore. Mon sang. A quoi cela rime-t-il, bon sang ?

2014-09-17

Mini-texte n°39 : Le Point de rupture

-  Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

Non mais franchement ! Y a-t-il seulement question plus absurde ? J’ai envie de lui répondre sérieusement, parce qu’évidemment, il est bouleversé. Trois ans de passion (enfin, ça c’est lui qui le dit), ça ne se balaye pas comme ça, du jour au lendemain, pour fuir avec n’importe qui.
J’ai réellement envie de lui apporter une réponse à la hauteur de ses attentes. Une réponse qui lui donne soit l’impression qu’il n’était résolument pas au niveau, soit la conviction que notre histoire était foutue, avant même qu’il ait effleuré du doigt cette tragique vérité. Ou bien une réponse qui me ferait passer pour la reine des garces et le guérirait définitivement de moi. Oui, je suis une personne charitable, je ne supporte pas de voir mon futur-ex souffrir…
Seulement, là, avec ses lieux-communs débiles, je suis désolée, mais il m’agace. Et tout ce qui me vient comme idées de réponses, à cette question con, ce sont, comme dirait mon père, des "réponses cons"!


J’en choisis une au pif :
-  Une plus grosse bite !
Il fait une moue choquée. Je doute qu’il ait pris au sérieux cette remarque parfaitement puérile ; c’est plutôt la vulgarité du propos qui le consterne. Ça et l’irruption incongrue de ce détail prosaïque au beau milieu de notre dispute.
Damien n’a jamais supporté la vulgarité. Dans la bouche d’une femme, selon lui, c’est déplacé. Chez un homme ça va. Et c’est ça que j’aurais dû lui répondre, à Damien : «  Ce qu’il a de plus que toi, je ne sais pas ; mais le machisme, c’est au moins quelque chose qu’il n’a pas. »
Un juron, dans la bouche de n'importe qui, ça n’est pas très élégant. N’empêche que j’apprécierais, quand je me cogne, quand je me brûle ou quand je me coince le doigt dans une porte, de pouvoir exprimer mon désarroi par un très intelligible : "MERDE !" ; sans me voir opposer systématiquement son prétentieux : "Ton langage, ma chérie."


-  Damien, écoute, mettons les choses au clair : je ne t’aime plus…
-  Il t’a fallu combien de temps pour t’en apercevoir ?
-  C’est difficile de fixer une date exacte. Disons qu’un jour j’ai compris que j’étais amoureuse de lui et, en comparaison, notre idylle m’a parue…fade.
- Une idylle ? C’est tout ce que cela représente pour toi ?!?
-  Présentement, oui.
-  C’est qui ? Je le connais ? Je vais lui casser la gueule !
Allez, le retour du poids lourd du cliché ! La jalousie de l’homme viril qui protège sa propriété. "Moi, Tarzan. Toi, MA meuf !"
-  Et qu’est-ce que tu vas faire ? Lui mettre un coup de gourdin sur le crâne ? Lui agiter tes roubignoles sous le nez, pour lui montrer que tu en as de plus grosses ?! Oh, je t’en pries, Damien, grandis un peu ! Il ne m’a pas séduite. Il ne m’a pas kidnappée. J’y suis allée toute seule, de mon plein gré, comme une grande…
-  Et, comme une grande, tu te l’ais trouvé sur un sites de rencontre, j’imagine ? Ce serait bien ton genre…


Bah oui, tiens, c’est bien mon genre d’être dépravée et pathétique, au point de partir en chasse sur Internet, le plus grand repère de pervers que la terre ait connu !
Je devrais me mettre en colère, lui faire remarquer qu’il a une bien piètre image de la femme qui a partagé son quotidien pendant trois ans, mais finalement je ne suis pas surprise. Damien a toujours eu le jugement et le mépris faciles. C’est tellement plus valorisant de rejeter les fautes sur l’autre ! Alors une fois encore, paf, "réponse con" !
-  Mais oui, bien sûr ! C’est au moins le cinquième petit jeune assoiffé de cul que je m’approprie ! J’ai toujours pensé que tu avais une vision très banale du couple. Je me suis dit : tiens, enfin quelque chose d'un peu original !
-  Qu’est-ce que tu aurais voulu ? Que je sois moins possessif ? Que je te lance gaiement : eh ma chérie, si on tentais l’échangisme aujourd’hui ?! Ce sera rigolo ! …Mais tu ne comprends rien, ma parole ! Je t’aime. Je t’aime vraiment. Je ne veux pas te partager avec un autre.


Une fois n’est pas coutume, je réfléchis avant de répondre. Peut-être a-t-il partiellement raison. J’ai l’impression que la société nous enjoint de consommer, consommer toujours plus. Non seulement  sur le plan mercantile, mais aussi sur le plan sexuel et sentimental. On a tellement peur d’être pris pour un vieux coincé qu’on est prêt à accepter n’importe quoi. L’amour est une notion « petit-bourgeois » et patriarcale ? Pourquoi ne pas tout bonnement se lancer dans une union libre ? Chacun fait ce dont il a envie. C’est tellement plus simple ! ...Oui, mais il y a aussi des gens que cela ne peut pas rendre heureux. Des gens qui ont besoin d’être préféré, bien plus que d’être aimé. Je secoue la tête, songeuse : voilà que moi aussi, comme Damien, je me mets à déblatérer des lieux-communs ! Je me ressaisis et réplique sombrement :
-  Il n’est pas question de me partager. Je ne suis pas un gâteau. Et je ne veux pas d’un amant… ou de quoi que ce soit qui y ressemble. Tu es donc hors jeu, c’est aussi simple que ça. 

Je soupire. Mon visage se tord dans une grimace d’incompréhension et j’ajoute avec fougue et dégoût :
-  Comment as-tu pu croire que je voulais simplement pimenter ma vie sexuelle ? Il ne s’agit pas de fantasmes ou de lubies. Je te quitte pour de vrai. J’en aime un autre, pour de vrai. Tu n’as rien à te reprocher. C’est la vie.
En prononçant ces mots, je ne peux m’empêcher de penser que, si, il a réellement deux ou trois choses à se reprocher. C’est désormais flagrant, bien que totalement subjectif : Damien est un gros nul. Comment ai-je fait pour ne pas m’en apercevoir plus tôt ?
 

-  Je pensais que nous étions fait l’un pour l’autre…, geint-il alors, comme si c’était le genre de sucrerie écœurante qui allait me faire changer d’avis.
Je crève d’envie de lui envoyer au visage toutes les raisons pour lesquelles nous n’aurions pas pu vieillir ensemble. Ses petites manies horripilantes, ses grands principes qui ne mènent à rien, ça vision complètement étriquée du monde… Tout ce qui donne envie d’assassiner un homme avec un moulin à légumes au bout de cinq ans de vie commune. Alors, pour éviter d’en arriver à ce genre d’extrémités, autant prendre la tangente dès maintenant : c’est plus prudent.
 

Il soupire à son tour. Je sens qu’il fait un effort surhumain pour se contenir, avant de me redemander calmement :
-  Qui c’est ? D’où sort-il ?
-  Tu n’as pas envie de le savoir. Crois-moi, cela n'y changerait rien.
-  Je ne pourrais rien dire pour te faire changer d’avis ?
Froncement de sourcil. En fait, mon chou, si tu comptais me faire changer d’avis, il eut mieux fallu que tu te taises dès le départ.
-  C’est trop tard...
-  Tu me fais beaucoup de mal.
-  Je sais. Ça me peine aussi de te voir dans cet état.
-  J’ai tellement besoin de toi.
Nouveau soupire. Non, Damien. Non. L’Homme à besoin de respirer, de boire, de manger, de se vêtir…etc. Mais il n’a certainement PAS besoin d’une petite amie.
-  On peut rester bons amis ?
Froncement de sourcils. Les siens, cette fois. Il reprend un peu de contenance avant de s’exclamer :
-  Pitié, épargne-moi ce genre de clichés !


Il se lève, jette un billet froissé sur la table et enfile son blouson. Médusée, je le suis à l’extérieur du café et, avant que nos chemins ne se séparent définitivement, me surprends  à bafouiller stupidement :
-  Ou…oui…Tu…as raison… Pardonne-moi.