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Hiérarchie

-   Tu veux bien t’assoir, s’il te plaît. Elle désigne un fauteuil noir de bureau basique, que je sais d’expérience inconfortable. -   Euh…bien sûr… Je lui décoche un sourire tendu, alors que les ressors et les visses semblent s’incruster douloureusement dans mon derrière et ma colonne vertébrale. Peut-être est-il vieux, peut-être a-t-il été trop malmené, ou peut-être, hypothèse qui trouve ma préférence, l’a-t-elle choisi précisément pour son côté inhospitalier. Je suis la patronne, je décide de tout, pose tes fesses sur cet objet de torture et écoute-moi attentivement. On n’est pas là pour prendre le thé, tu vas en baver ! -   J’ai testé la newsletter et le service client en ligne : tout fonctionne comme prévu. On avait tort de s’inquiéter… -   D’accord. Merci. Mais ce n’est pas pour cela que je t’ai demandé de venir. -   Ah… j’écoute. Elle tord ses doigts nerveusement. Je les entends craquer comme tu petit bois. Elle est contrariée. Elle l’...

"There are two kinds of people in the world..."

Qu’est-ce que la réussite ? Qu’appelle-t-on exactement "réussir sa vie" ? S’il n’est pas nécessaire d’avoir une Rolex à 50 ans, alors de quoi s’agit-il ? On peut certainement estimer que Mozart a "réussi sa vie" : plus de 620 œuvres, ce n’est pas à la porter du premier péquin venu !   Mais si l’on nuance un peu le propos, on peut aussi affirmer que mourir comme un chien à 36 ans et être balancé dans la fosse commune, ce n’est pas spécialement reluisant. Alors, évidemment, avec le recul, il est facile d’affirmer qu’un si grand artiste a réussi sa vie et nombreux furent ceux qui tentèrent d’embrasser un destin similaire. Mais si l’on avait vu les choses avec les yeux de Mme Mozart, par exemple, on aurait plutôt pensé : "Bordel, quel gâchis !". Réussir sa vie c’est donc une question de point de vue. Toutefois, pour un artiste, cela pourrait se résumer à : 1-     La Notoriété 2-     La Postérité 3-   ...

Amitiés

J'ai 6 ans. Je tiens la main de ma maman à la fête du village. La vieille qui vit dans la maison d'à côté et qui sent le pipi de chat dit que notre gâteau au chocolat est délicieux. Maman sourit poliment. C'est un brownie qu'on a acheté au super-marché. C'est moi qui l'ai choisi car il  y avait un lézard sur la boite. Papa dit qu'il a besoin d'aide avec le barbecue. Alors maman dit "j'arrive!" puis se penche vers moi. Elle me demande d'arrêter de traîner dans ses pattes et d'aller plutôt jouer avec l'enfant qui se trouve sur la balançoire. Elle me lâche la main et part rejoindre Papa. Sur la balançoire, une silhouette frêle se balance. Elle porte un tee-shirt vert avec un panda et un jean. Je m'avance, hésitante. L'autre me regarde puis ouvre la bouche. Sacha. Moi c'est Florence. Oui, je veux bien faire de la balançoire avec toi. Et après on jouera à cache-cache. Et ensuite on dira qu'on est des pirates. Tu vie...

Zzzzzz !

Cette nuit j’ai eu une idée. Entre deux rêves, elle semblait bonne. Excellente même. L'esprit encore embué par le sommeil, je me souviens avoir songé : « Je tiens là un sujet parfait pour un texte. Dès demain, le blog pourra s’enorgueillir d’une note toute fraiche ! ». Puis je me suis rendormie. Au matin, j’avais tout oublié.  Non seulement je ne me souvenais pas de cette idée lumineuse, genèse probable d’un texte mémorable , mais je ne me souvenais pas non plus d’avoir réfléchi à quoi que ce soit au cours de la nuit. Ce n’est qu'à présent, prostrée devant un triste ordinateur ronronnant et après avoir songé que je n’ai rien écrit de valable depuis plus d’un mois, que je me rappelle cette sensation. Une impatience. Une fatigue intense. Une jubilation. Des mots qui fusent. Je crois que je la tiens ! Mes yeux se ferment. Au réveil, pourtant, elle s’échappe tel un rêve. C’est tellement commun. J’aurais dû résister. J’aurais dû me lever. Griffonner trois mots...

Parce queeeeee !!!

Elle s’est contentée de préciser que le sac taupe offert pour quarante euros d’achat n’était plus disponible. Ce à quoi la cliente l’a récompensé d’un sympathique "connasse", marmonné entre ses dents. Elle n’a pas relevé, l’habitude, certainement, d’être de défouloir de service, et a même sourit en  glissant dans le cabas le bob et la serviette rayés bleu marine et blanc spécial été collectors. L’autre est partie sans un mot. Pas merci. Pas au revoir. C’est à elle, le petit personnel, de se montrer polie et conciliante. Elle est payée pour ça. Elle ne sert qu’à ça. "Merci et à bientôt" minaude-t-elle en arborant un sourire ultrabright au point de fissurer son teint  impeccablement lisse et uniforme. La veille, deux femmes, que leur virée entre filles avait certainement rendues euphoriques et décomplexées, lui avait signalée qu’elle était profondément casse-pied (pour rester polie). Son erreur ? Leur avoir  suggéré d’utiliser les testeurs plutôt que d’...

Lulu et Lili font des heures sup'

Ce matin j'ai feuilleté le dossier d'un hebdomadaire connu que je ne citerai pas (mais dont le nom désigne un élément de ponctuation) sur la propension des travailleurs français à se la couler douce. Allez hop, c'est parti! Et de jeter allègrement la pierre aux divers planqués, absentéistes, trente-cinqueuristes, RMIstes volontaires (ça se dit RSAistes?) et vacanciers de tous poils! Et de nous rappeler que la frustration, la colère et la jalousie des uns font les gros sous des autres. Nous le saurons (nous le savons peut-être déjà), le bouc-émissaire du moment, c'est le fonctionnaire, l'intermittent du spectacle, le chômeur, le parent au foyer, le malade chronique et bien d'autres feignants encore! Loué soit le grand, le beau, le bon travailleur. Celui qui se donne à fond au risque d'y perdre sa santé mentale, celui qui échange volontiers congés, amis, famille ou balade avec le chien contre 42h de travail hebdomadaires (à une dizaine d'euros l'he...

Interlude

Je ne suis contrainte à rien. Physiquement, j'ai le choix. Moralement, je m'impose une conduite. Financièrement, je finirais par être à court. C'est pour les deux dernières affirmations que le bas blesse. Pourtant je ne peux m'empêcher d'y songer presque chaque matin, alors que je suis ballottée dans le métro, au milieu d'une foule austère de travailleurs-androïdes et de touristes-automatiques. Je pourrais le faire. Descendre à la station suivante et passer la journée entière à bouquiner et à rêvasser dans un de mes salons de thé préférés. Prendre la correspondance et aller me perdre dans une forêt, un parc, un jardin. Faire demi-tour, rentrer à la maison, partager un vrai petit déjeuné avec ma "moitié", couper le téléphone...et recommencer les jours suivants. Changer radicalement de chemin, flâner, aller au cinéma, à la piscine ou dans un musée, puis débarquer comme une fleur quelques minutes avant la fermeture. Ou encore, prendre le chemin d'un...